En Route vers le Milliard(République démocratique du Congo) - JCC : 2020 - 90 min


Dieudo Hamadi




«6600 bombes nous sont tombées dessus. La Croix Rouge a enterré les corps jusqu’à ne plus savoir où les mettre. Les chiens ont fini le boulot». Entre le 5 et le 10 juin 2000, les armées ougandaise et rwandaise s’affrontèrent dans la ville congolaise de Kisangani. Bilan : des milliers de morts et de blessés parmi les habitants. 19 ans plus tard, les stigmates physiques de l’événement sont le lot quotidien des membres d’une association locale réunissant estropiés, cul-de-jatte, manchot, tous confrontés à une existence de béquilles et de prothèses, et au sentiment d’inutilité sociale que leur renvoient leurs proches. Une soif de réparation les anime également car la Cour internationale de justice a condamné l’Ouganda à dédommager la ville de Kisangani à hauteur de 10 Md$ (dont 1 Md$ pour les survivants et les victimes). Mais depuis 18 ans, le dossier d’indemnisation est soi-disant à l’étude dans la capitale congolaise. «Il est temps que cette comédie s’arrête». Nos (anti)héros décident donc de prendre le bateau et de descendre sur plus de 1700 kilomètres le fleuve Congo pour rallier Kinshasa et plaider leur cause en personne. Une douzaine de femmes et d’hommes, lourdement handicapés et aux moyens financiers très limités, mais dotés d’un «fighting spirit» hors normes se lancent dans l’aventure…

Lové dans une très grande proximité empathique et une intimité respectueuse de ses attachants personnages, Dieudo Hamadi les accompagne dans les multiples péripéties de leur quête à la fois naïve, tenace, poignante, optimiste et résiliente. Des périls de la navigation fluviale aux rebuffades aux portes de l’Assemblée Nationale et de la représentation de l’ONU, le cinéaste, qui cadre (très bien) lui-même en variant les sources (portable, drone, etc.) se fait le miroir de cette petite lumière d’espérance dans l’obscurité la plus profonde. Une symbolique qu’il utilise également à très bon escient en reprenant quelques scènes frappantes de l’atelier théâtre de l’association des mutilés, tout comme il donne un vrai rôle aux chants et aux mélopées qui rythment le quotidien africain et qui participent à transmettre son message humaniste. Un désir de justice qui, aidé par la sélection cannoise, semble déjà porter un peu ses fruits puisque le 7 septembre, le gouvernement congolais a promis 1,5 M$ pour les victimes des différentes guerres connues par Kisangani, notamment celle des Six Jours…

Par Fabien Lemercier
(Extraits)

Cinéuropa