LE BALLON D’OR(Guinea) - JCC : 1994 - 90 min


Cheikh Doukouré




Il est des dates mémorables aux passionnés de l’amour foot. En 1970, Salif Keita, transfuge malien du real de Bamako à l’AS Saint-Etienne, reçoit le premier ballon d’or africain. En 1990, en quart de finales de la coupe du monde, face à des millions de spectateurs d’abord tétanisés devant leur écran et puis follement exultants, Roger Milla, champion vétéran des « Lions indomptables » du Cameroun, exécute à chaque but marqué, dans une transe communicative, quelques pas de danse de makossa.
S’inspirant librement des carrières exemplaires de ces deux idoles, dont l’une, Salif Keita, a accepté pour les besoins du film de se recycler en entraîneur de cinéma, Le ballon d’or nous raconte l’irrésistible ascencion de Bandian, « le turbo de Makono », un village de cases un peu de Conakry. Ce n’est au début qu’un garçon de douze ans au gabarit tout à fait ordinaire, mais à la frappe incomparable et au tempérament de gagneur, et qui fait merveille sur les terrains vagues quand il botte dans un ballon d’infortune. Sara le féticheur n’a pas grand mal à lui prédire un destin, surtout qu’un beau jour, Madame Aspirine (Agnès Soral, un peu extra-terrestre en doctoresse sans frontières !) lui offre une véritable boule de cuir qui lui vaudra toutes les roulettes de casino.
Le sort est jeté.
Dans ce film juvénile et résolument optimiste, qui est son deuxième long métrage après Blanc d’ébène (1991), Cheikh Doukouré renouvelle aussi, pour le plus grand bonheur des enfants, grands et petits, qui s’éveillent et s’émerveillent aux miracles de dieux du stade, le thème de la revanche des faibles, du triomphe des humbles sur l’adversité. Tous les Goliath embusqués ne couperont pas l’élan de ce David haut comme trois pommes qui, d’une foulée, franchira les continents et, d’un coup de pied, inscrira son nom au pinacle de Saint-Etienne !
S’il fallait relever une légère anomalie dans ce joli et chaleureux conte sportif, elle serait plutôt du côté du langage. Est-ce sous le prétexte que l’Afrique nous a fourni un académicien-président-poète-latiniste et grammairien, qu’on nous présente une Guinée populaire parlant un français châtié qu’on ne lit plus que dans les livres dorés sur tranche* ?

Par JEAN MICHEL FRODON
(Extraits)

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