THE LAST of us(Tunisia) - JCC : 2016 - 95 min


Alaeddine Slim




Comme un objet scintillant sur la plage, loin de tout genre cinématographique, The Last of Us éveille notre curiosité tant le réalisateur, le Tunisien Ala Eddine Slim, déploie un désir de transmettre des sensations. Cette fiction sans paroles commence avec la traversée du désert nord-africain par deux silhouettes, qui deviennent deux hommes, dont on présume qu’ils veulent embarquer. Mais le véhicule qui les emmène est braqué et le héros, que le réalisateur prénomme N (Jawhar Soudani), se retrouve seul. Il fait du stop jusqu’à Tunis où les habitants sont figurés par l’ombre de leurs pas sur le bitume. La traversée en solitaire dans une barque ne relèvera pas ici de la performance. Elle sera la transition vers un autre voyage, entre vie et disparition, dans une terra incognita où N échoue. Une forêt sauvage, sans autre humain qu’un homme chenu, M (Fathi Akkari), dont la couche de fourrures sur les épaules permet d’imaginer le nombre de bêtes mangées, et le temps passé à survivre en milieu hostile.

Dans la forêt, le héros devient un mutant, peut-être un homme mort en devenir.
Dans la forêt, le héros devient un mutant, peut-être un homme mort en devenir, comme le Dead Man (1995), de Jim Jarmusch. La silhouette de N s’épaissit à son tour sous le poids des peaux d’animaux. La nuit, il a pour compagnon la lune, qui le suit à chacun de ses pas, et fait entrer avec une naïveté assumée l’usage de la magie au cinéma.

N n’a pas choisi de vivre ici, à l’inverse de l’auteur de Walden ou la Vie dans les bois (1854), récit autobiographique de l’Américain Henry David Thoreau dans sa cabane, et ouvrage fondateur de la pensée écologique. Mais il fait corps avec la nature et ses bruits nocturnes dont certains signalent un danger imminent : les loups. Le cinéaste ne s’appesantit pas sur la métaphore de l’homme qui est un loup pour l’homme. Mais on comprend où il veut en venir. Où est-il encore possible d’habiter ?

Par Clarisse Fabre
(Extraits)

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