Amal(Egypt) - JCC : 2017 - 83 min


Mohamed Siam




En inscrivant son projet cinématographique dans la durée, du début de la révolution égyptienne, en janvier 2011, jusqu’en 2017, Mohamed Siam aspire à montrer comment les jeunes Egyptiens se sont fait voler leur révolution. Il se focalise alors sur le personnage d’Amal («espoir» en arabe), une jeune fille rebelle qu’il voit évoluer de ses 14 à ses 20 ans, dans des situations aussi différentes que des manifestations sur la place Tahrir, des confrontations musclées avec la police ou dans son intimité, en pleine dispute avec sa mère sur des questions politiques. «A travers Amal, c’est la jeunesse égyptienne et son évolution que j’ai voulu raconter», confie le réalisateur du documentaire, Mohamed Siam, à Libé.

Tout au long du documentaire, elle apparaît violentée, en grande souffrance psychologique, mais aussi pleine de vie et très attachée à sa liberté, toujours confrontée à des dilemmes sur sa condition féminine et son engagement politique. «Amal, comme plein d’Egyptiens, s’est retrouvée prise dans un dilemme : faut-il entrer dans le système ou en rester exclu?», signale le réalisateur. Au fur et à mesure, on voit la jeune femme se soumettre aux normes en vigueur, comme le port du voile, lorsque les Frères musulmans prennent le pouvoir. Mais le cinéaste estime que les mentalités sur la condition des femmes dans l’Egypte postrévolutionnaire – un des axes principaux du documentaire – bougent un peu depuis 2014, même si elles ne s’accompagnent de rien de concret au niveau des lois.

La mainmise de l’armée sur les médias et la production audiovisuelle est très forte, tient à souligner Siam. Les groupes de défense des droits de l’homme accusent régulièrement le régime du président égyptien, Abdel Fatah al-Sissi, de graves violations, notamment de la liberté de la presse. En septembre 2018, Al-Sissi avait promulgué une loi portant sur la réglementation de la presse et des médias, qui permet notamment de surveiller étroitement certains comptes d’utilisateurs de réseaux sociaux. Un Conseil suprême de la régulation des médias permet aussi de censurer des contenus sur des critères assez fluctuants. Tout comme la liberté artistique, qui se retrouve cadrée par un décret datant de juillet dernier.

Par Dounia Hadni
(Extraits)

Liberation.fr